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André ISNARD (1905-1985)
LES JEUNES ANNEES

Gray, Haute-Saône, le 26 février 1905, Mathilde ISNARD, née VATAGEOT met au monde son cinquième enfant. Il portera les prénoms de André, Léon, Urbain. Son père, Officier de l’administration de 1ère classe est affecté à Gray depuis Janvier 1901 et y commande la 7ème section des commis et ouvriers, chargé d’assurer la subsistance de la garnison.

Mais André n’aura pas l’occasion de connaître Gray, puisqu’une nouvelle affectation de son père survient en novembre 1905, pour Belfort. Il restera à Belfort jusqu’en juillet 1911, quand une nouvelle affectation amènera la famille à St-Germain- en-Laye. En octobre 1912., c’est l’entrée en 9° au collège, puis la 8° en 1913.

L’année 1914 sera celle des bouleversements,

d’abord le décès de sa maman en Janvier, puis la déclaration de guerre et le départ avec ses frères et sœurs chez un oncle à AIX-EN-PROVENCE où le séjour ne se passera pas vraiment bien.

1915 et 1916, 6° et 5° à Tours, où « maman Guitte » (Marguerite SIRGUEY) prend en charge les enfants d’Eugène, ainsi qu’elle l’avait promis à son amie Mathilde, épouse d’Eugène, avant son décès. L’aîné, Raymond, est prisonnier en WESPHALIE.

Papa Eugène est démobilisé en 1917 et la famille s’installe à LYON, 75, Rue Boileau. André va poursuivre ses études au lycée du Parc ; il obtiendra le bachot en octobre 1921. A cette époque, les vacances d’été se passent à Marnay (70) dans la maison de la famille VATAGEOT, sauf en 1920  il ira chez les LAVENIR aux ECHARMEAUX (69). Georges LAVENIR était son condisciple au lycée, bonne raison pour rencontrer Hélène. En 1921 il ira chez son frère Raymond, peut-être pour mieux préparer le BAC loupé en juillet.

Il entrera en math élem à la rentrée 1921 mais ne finira pas l’année. Dès avril 1922, il entre à « l’Econnomique » pour se frotter au monde du travail. Il apprendra les rudiments du métier par un stage chez FELIX POTIN à PARIS.

Deux an plus tard il devance l’appel et part au service militaire au 94° régiment d’artillerie de montagne. Brigadier le 21 septembre 1924, Maréchal des Logis le 20 Février 1925, il sera libéré le 10 Novembre de la même année et retournera à « l ’Economique ». Il ardera de son service de solides amitiés telles celles de Mrs RENARD ou LARIGUET.

NAISSANCE D’UNE FAMILLE

Le 21 avril, c’est le grand jour, André épouse Hélène LAVENIR et le même jour, le frère d’Hélène, Georges, épouse Antoinette SALLE, en l’église de la Rédemption.

Faire-part de naissance Le jour des noces

Le jeune couple va habiter 15, rue Saint-Maximin, en attendant la fin de la construction de la maison familiale du 36, Rue Thomas Blanchet, entreprise dès la première année de leur mariage, grâce à la fameuse Loi Loucheur.

LOI LOUCHEUR

Louis LOUCHEUR (1872-1931), député du Nord, plusieurs fois ministres, fit adopter en 1928, une loi, dite «  loi Loucheur », qui accordait des crédits d’État, à toutes les constructions à bon marché. Cette loi entraîna une vague de constructions de logement sans précédent

La crémaillère sera pendue le 16 novembre 1929 et ce sera l’occasion de fêter aussi les 20 ans d’Hélène. La petite maison sera à plusieurs reprises agrandie au fur et à mesure du développement de la famille.

NOTRE-DAME DE SAINT-ALBAN

On ne peut évoquer André ISNARD et son jeune foyer sans évoquer la paroisse Notre-Dame de Saint-Alban et surtout son curé d’exception : le Père Laurent REMILLIEUX.

Des décennies avant tous les prêtres et toutes les paroisses, « cet apôtre apparemment timide et méditatif, fut un étonnant pionnier, un pionnier de tous les renouveaux dans l’Église. Pionnier de l’apostolat paroissial, une génération avant les autres,

pionnier de la paix chrétienne et de la réconciliation franco-allemande, pionnier de l’œcuménisme, pion-nier des mouvements d’action catholique et des mouvement de jeunesse. » (*)

Il sut « vaincre l’argent », refusant les bruits d’argent autour de l’autel, supprimant quêtes et paiement des chaises, instaurant la gratuité des sacrements, demandant que les dons soient anonymes, et rendant compte régulièrement aux paroissiens, de l’état des comptes.

Il refusa les pompes solennelles, associa les laïcs à  la liturgie et fut le premier à célébrer la messe face au public. Il encouragea vivement la création de la première Compagnie de Guides de France par Marie-Thérèse ISNARD, qu’il encouragea ensuite à la création de l’Aide aux Mères de famille (voir Bulletin n°4). De même vit le jour sous son initiative une section de J.O.C. (Jeunesse Ouvrière Chrétienne). Il créa une « Maison sociale » et un Comité contre le chômage...

 On a du mal à imaginer ce qu’il a dû lui falloir de courage, de persévérance, de persuasion pour aller de l’avant à une époque ou les catholiques de la bourgeoisie et des classes moyennes ne voyaient dans le prêtre que l’auxiliaire de leurs intérêts et de leur politique !

Par contre on imagine volontiers l’influence que le père REMILLIEUX dut avoir sur André ainsi que sur sa sœur Marie-Thérèse. Avec l’esprit d’entreprise qui les caractérisait tous les deux, ils durent se sentir à l’aise avec un tel homme !

* Extrait du livre de Joseph FOLLIET : « LE PERE REMILLIEUX, Curé de Notre-Dame de Saint-Alban ». Les noms de Marie-Thérèse et d’André sont cités à plusieurs reprises dans cet ouvrage, ainsi que ceux de Maurice et Anne-Marie LAVENIR, et Joseph et Suzanne GAUDIN.

ACTION - DEVOUEMENT - AMOUR

Difficile de définir sous peine de tronquer ou de caricaturer ce qu’était un homme tel qu‘André, dont la vie fut si remplie, si riche, si féconde.

Ces trois mots résumeront donc bien imparfaitement,  l’homme qu’il était, dans sa famille, dans sa profession et dans son milieu social ou paroissial.

L’ACTION, ses enfants pourraient en citer de multiples exemples pour chaque situation où il a su prendre la bonne décision au bon moment.

Déjà pendant son service militaire, en juillet 1925, à NICE, il est témoin avec des camarades d’un violent incendie dans un entrepôt de meubles. Le journal « l’Eclaireur de Nice » dans un article rendant compte de l’incendie, dénonce le manque de téléphone, l’absence de bouche d’eau, mais ajoute : « ... le calme de l’atmosphère, nous l’avons dit, rendit plus facile la tâche des sauveteurs. Parmi  ceux-ci, citons en premier lieu, cinq militaires dont le dévoue-ment fut admirable, les maréchaux des logis ARNAUD, ISNARD, GIORDAN, BUJAl, et le premier canonnier OLIVERO, tous du 94° R.A.M. ».

Ils seront trois jours après cités à l’Ordre de la Place par le Général BAUBY Commandant d’Armes. Bernadette,  dans son témoignage « Souvenirs d’un bombardement... », nous raconte un autre épisode, dramatique, le bombardement de l’avenue Berthelot en 1944, pendant lequel son père donna toute la mesure de son courage et de son esprit de décision

Le DEVOUEMENT, le sens des autres, la volonté de participer avec toute son expérience, tout son savoir, toute sa foi, à l’évolution de la société est un autre trait de son caractère. Auprès de sa famille en tout premier lieu qui a été la grande affaire de sa vie, même si ses enfants selon leur âge n’ont pas tous eu le sentiment d’avoir eu le même père.

Dans la paroisse ensuite, où la modernité du Père REMILLIEUX devait plaire à son caractère de décideur, comme elle a marqué sa sœur THERESE qui fut un autre modèle d’efficacité et de foi vécue pour une Église plus vraie et plus proche de l’Évangile. Dans la vie associative aussi, plus particulièrement au sein de l’ASSOCIATION DES FAMILLES DE LYON, ou plus officiellement, à la CAISSE D’ALLOCATIONS FAMILIALES DE Lyon, mais ces activités étaient toutes dans le prolongement de sa propre famille.

L’AMOUR, l’amour de son épouse Hélène, de ses enfants, fut la synthèse, le but suprême de son existence. Comme le dit Bernadette, il voulait rendre ses enfants heureux. Il proclamait son amour conjugal et son amour paternel. Chaque événement, chaque étape chez un membre de la famille était marqué dans la joie et la festivité, qu’il s’agisse de naissances, d’anniversaires ou d’événements particuliers.

Certains se sont étonnés de sa famille nombreuse, mais aussi de son prosélytisme insatiable pour défendre la famille, le couple, l’amour et l’harmonie dans le couple ; militantisme qui prit un virage encore plus accentué quand il prit sa retraite anticipée pour se consacrer encore davantage aux conférences, aux conseils et à l’écriture.

Pour bien comprendre son attitude dans ce domaine, il faut se rappeler le contexte de l’époque. Pour des raisons évidentes de démographie, entre les deux guerres, la politique et l’opinion publique étaient très natalistes. L’un des slogans de l’époque était « Berceaux peuples, France sauvée ». Cette tendance persista évidement après la seconde guerre mondiale. La presse faisait un large écho aux remises des médailles de la famille française, témoin le reportage paru dans « LA LIBERTE » le 6 mai 1947 à l’occasion de la remise de la médaille d’or de la famille française à Hélène, après la naissance de son dixième enfant ; cet article était intitulé  « la Maison du Bonheur existe »

l’Église dont la présence et le pouvoir étaient plus évidents qu’aujourd’hui allait également dans ce sens. N’est-ce pas le Cardinal GERLIER lui-même qui vint baptiser Marie-Françoise le 8 juin 1946

Quant à son action envers les couples, il faut lire en page « Amour et joie d’aimer » le témoignage des docteurs WOLF qui la résument fort bien. Si elle fut accueillie diversement, il faut là encore se souvenir du contexte de l’époque.

Dès le début des années 60, l’idée du contrôle des naissances avança à grands pas, diffusée par les centres de planning familial. La première réglementation de la régulation des naissances en France date de 1967. C’est également l’année ou André et Hélène publient leur ouvrage «  Harmonie Charnelle, clé de la régulation ». L’usage de la pilule longtemps mise en balance avec les méthodes naturelles, telle la méthode dite « des températures », se généralisa vite et l’avortement lui-même sera légalisé en 1975.

Cette évolution choqua beaucoup de croyants et sans doute aussi André car elle heurtait les positions de l’Église, qui n’ont d’ailleurs guère varié depuis. André et d’Hélène, se sont trouvés engagés dans une lutte d’influence où les moyens étaient disproportionnés

LA VIE PROFESSIONNELLE
En avril  1922, André entre donc à la Société Economique d’Alimentation, comme employé (il n’a guère plus de 17 ans) Il y restera 23 ans, gravissant les échelons tous en apprenant le métier qui assura la vie de la famille : le commerce.

Il connaissait bien le métier lorsqu’il quitta « l’Economique », en 1945, et avait une belle confiance en lui, puisque son but était de créer sa propre affaire pour augmenter ses revenus, ainsi qu’en témoigne sa lettre de démission :«  Après 23 ans consacrés de mon mieux au service de la Société, les exigences de la vie qui jaillit, abondante, dans notre famille et le problème général des difficultés dans lesquelles se débattent les grandes familles m’ont amené à m’orienter, non sans regrets, vers  un ‘’Service familial et ménager’’.

C’est pourquoi je vous confirme notre entretien du 31 août par lequel je vous demandais de reprendre ma liberté au 30 novembre prochain.

Je vous remercie de la confiance dont vous m’avez toujours honoré. De mon coté vous pouvez être assuré que je serais toujours prêt à vous rendre service dans toute la mesure de mes moyens et j’ose espérer que de notre collaboration, vous ne conserverez comme moi-même, que le souvenir le meilleur »

 Cette lettre annonce clairement le lancement du SERVICE COMPLET D’APPROVISIONNE-MENT FAMILIAL et MENAGER, d’abord dans les sous-sol de la rue Thomas Blanchet,  rue Edison en 1947. Au début il vendait surtout de la bonneterie qu’il lui arrivait de contingenter lui-même pour servir le maximum, car les restrictions étaient encore là !

Le S.A.M. qui devait devenir plus tard FRANCE-FAMILLE, se déplaça ensuite, en 1949 rue Alphonse Fauchier, rue alors très passante car l’actuel pont Bonaparte (ex-pont Tilsitt) n’était pas reconstruit et une passerelle provisoire écoulait la circulation par la rue Fauchier.

Enfin, ce fut, de 1952 à 1968 la rue de la République. Entre temps la rue Thomas Blanchet avait repris du service. Ces magasins étaient bien connus des familles lyonnaises ; ils accompagnèrent le boum économique, en particulier dans l’electro-ménager, après les années de guerre. Hélène eut son premier chauffe-eau en 1945 et vers la même époque, la première machine à laver de marque Speed avec essorage (on passait le linge entre deux rouleaux avec une manivelle! ).

Un pilier solide accompagna cette période commerciale : madame RENARD, toujours présente et toujours prévenante, mais bien d’autres participèrent à l’aventure que je ne peux citer toutes et tous.La concurrence devenait rude. Raymond, fils d’André avec Alain MOREL, époux de Bernadette reprirent l’affaire, puis Raymond seul