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Raymond ISNARD (1895-1939)

L'aîné des fils de notre « pivot » généalogique Eugène, est le seul, avec son père, à avoir participé à la première guerre mondiale- Mort jeune, à 44 ans, d'un cancer, il eut cependant une vie bien remplie et riche en événements. Faisons un peu connaissance avec lui..

Nous sommes à Besançon, en 1895. L’officier d'administration Eugène Isnard y a été affecté en garnison 4 ans plus tôt, après un séjour en Algérie. En 1893, il a épousé Mathilde Vatageot,.

Le jeune couple restera plusieurs années dans la région, même si les garnisons changent (Gray, Belfort).

Cela permettra au jeune Raymond de faire ses études secondaires au lycée de Besançon.

Son but est de devenir ingénieur. C'est également le souhait de son père qui attachera toujours une grande importance à l'instruction de ses enfants.

En 1911, la famille part pour St Germain en Laye où Eugène est muté. Tout semble se passer sans problèmes jusqu'à l'année noire de 1914

C'est d'abord le décès de la maman, Mathilde, en ,janvier.

En Franche-Comté, une famille était très proche des ISNARD, les SIRGUEY. Marguerite SIRGUEY -maman Guite - devint la mère adoptive des enfants ISNARD, et influença certainement beaucoup Raymond au cours de sa jeunesse, mais aussi plus tard. A plusieurs reprises, il évoque « maman Guite » dans ses lettres de soldat. Mais, dans la famille Sirguey, il y a aussi une fille, Madeleine, qui jouera un rôle prépondérant dans la vie de Raymond puisque qu'elle deviendra son épouse. A la déclaration de guerre en août, ils sont pratiquement fiancés aux yeux des deux familles et entretiendront une correspondance suivie pendant les hostilités.

En été 1914 les deux pères partent au front.

Les enfants ISNARD allèrent d'abord chez un l'oncle Marius à Aix-en-Provence, puis chez la famille SIRGUEY qui était partie à TOURS, 28, Rue James Cane..

Pour Raymond, c'est l'heure de la grande décision. Il n'eut probablement guère d'hésitation. Un père soldat, une éducation faite de devoir et de générosité, une ambiance nationaliste exacerbée car la guerre serait courte - autant d'éléments qui vont faire de lui un soldat, à moins de 19 ans, et le lancer comme tant d'autre dans l'horreur.

Le caporal Raymond ISNARD qui appartint

toute la durée de la guerre au 63°, malgré

les insignes de col du 158° sur cette photo

Quatre ans d’attente et de tourments, avant que

le mariage puisse enffin avoir lieu !!

 

L'engagé volontaire

Dès après la déclaration de guerre en août 1914, il s`engage, avec l'autorisation de son père - il n'a pas encore 19 ans - Il est incorporé le 29 septembre 1914 au 63' d'infanterie.

Le 28 décembre 1914, il est au camp de la Courtine, dans la Creuse. Il y cultive son impatience de partir au front, mais il y restera pourtant jusqu'à la fin de l'année, avant de partir... à Limoges. Le 14 janvier 1915, il est nommé caporal, avec la mention « très apte a la fonction de chef de pièce  (mitrailleuse)»..

Cette période d'attente avant le départ au front aura sans nul doute été une bénédiction pour lui, puisque ce début de guerre sera une succession de défaites pour la France. L'invasion foudroyante de la Belgique, puis les défaites françaises simultanées dans les Ardennes et à Charleroi.

Ce n’est qu’en septembre qu’une contre-offensive permettra de stopper l’avance allemande au cours de la première bataille de la Marne.

Le combattant

En été 1914 les deux pères partent au front.

Les enfants ISNARD allèrent d'abord chez un l'oncle Marius à Aix-en-Provence, puis chez la famille SIRGUEY qui était partie à TOURS, 28, Rue James Cane..

Pour Raymond, c'est l'heure de la grande décision. Il n'eut probablement guère d'hésitation. Un père soldat, une éducation faite de devoir et de générosité, une ambiance nationaliste exacerbée - la guerre serait courte - autant d'éléments qui vont faire de lui un soldat, à moins de 19 ans, et le lancer comme tant d'autre dans l'horreur.

Il part sur le front de Champagne, probablement en février ou mars 1915. Dés son arrivée au front, c’est la vie de tranchée avec ses escarmouches, ses attentes et les lettres de la famille qui soutiennent le moral.

Les tranchées ne sont pas des abris invulnérables, soumises aux tirs d’artillerie, aux grenades, aux mitrailleuses, et aux fusils ennemis.

Le 14 mai, ( et non le 19 comme indiqué sur son livret militaire reconstitué après la guerre), dans une tranchée de Flirey, au sud est de Metz, c’est la première blessure, au bras droit.

A cette époque, c’est la guerre de positions. Allemands et Français s’installent face à face dans des tranchées disposées en labyrinthes compliqués, que les fantassins vont s’efforcer de rendre le moins inconfortable possible. Cela n’empêchait pas d’innombrables morts à chaque tentative d’assaut. En cette année 1915, les fantassins ont payé un lourd tribut à la folie meurtrière.

Photocopie d’un extrait de son livret militaire, reconstitué après la guerre

Puis, changement de front :  ce sera le départ du régiment en Artois au début de la deuxième quinzaine de juin 1915. Les Alliés ont en effet décidé de lancer une grande offensive à l’est d’Arras pour soulager le Front russe, et ils dégagent le front de Champagne où les grandes offensives ne commenceront qu’en septembre.

       A la mi-Septembre, commence l’effroyable assaut, resté sous le nom de bataille de Souchez. Dés le 20 septembre, d’intenses tirs d’artillerie ont préparé le terrain.

 

Détail du site de la journée du 25 Septembre

L’entrelacs du Labyrinthe, vaste réseau de tranchées du théâtre d’opération de l’Artois,  près d’Arras

 

Le 25 septembre,   l’attaque commence dans toute la zone Souchez et Neuville-St-Waast. Le 63° RI, dans la partie sud, s’affronte au Labyrinthe : «... au sud-est de Neuville-St-Waast, c’est un inextricable enchevêtrement de tranchées, boyaux, abris et de blockhaus, orientés d’est en ouest, dans une sorte de cuvette ayant pour arcs deux chemins creux de deux kilomètres, garnis  de travaux bétonnés et de défenses de toutes sortes, canons sous coupole ou mitrailleuses en caponnière. Un plan est nécessaire pour se reconnaître au milieu d’un semblable dédale...».

Près du village de Thélus, sa compagnie, trop en pointe, est encerclée et faite prisonnière. Il reçoit sa seconde blessure à un doigt et au genou gauche.

La captivité

Ce n’est que plusieurs moi plus tard ( en février ou mars) qu’il pourra donner de ses nouvelles et apprendre enfin à sa famille qu’il est vivant.  Il est dans l’un des trois camps de prisonniers des environs de Münster, en Wesphalie. Trois rangées de barbelés le clôturent dont une est électrifiée. « On est prié de laisser sa volonté à la porte du camp  »  comme l’écrira un prisonnier.

Il devait rester en captivité jusqu’à la fin de la guerre. Par deux fois, il s’évada et par deux fois il fut repris près de la frontière, très affaibli physiquement. Le prix payé fut le cachot qui évidemment ne fit qu’aggraver son état de santé.

Mais quelques cartes écrites à sa sœur Thérèse, donnent une idée de son état moral et physique, après près de 3 ans de captivité :

La fin de la guerre marquera la fin de sa captivité, mais il devra être hospitalisé pour être remis sur pieds.

Cartes expédiées de Münster.

Kriegsgefangenlager : camp de prisonniers de guerre

 

Le mariage et les études

La guerre terminée après tant d’attente et tant de souffrance, Raymond va enfin épouser l’élue de son cœur qui l’avait attendu et soutenu pendant de si longues années.

Pourtant les obstacles continuent de se dresser. Raymond doit être hospitalisé alors que le mariage est déjà prévu. Il fait démarches sur démarches et le 4 avril il peut écrire à Madeleine qu’il aura quelques jours de permission pour se marier. La cérémonie eut lieu à TOURS, le 22 avril 1919. Le 2 mai il est à nouveau hospitalisé et ce n’est que le  22 juillet 1919 qu’il est enfin démobilisé, à Versailles.

Il fait sa formation d'Ingénieur en Papeterie à  l’Ecole Française de papeterie, qui dépend actuelle-ment de l'Institut National Polytechnique, à  St Martin d'Heres près de Grenoble. Il en sort en 1920 les études d’ingénieur étaient plus courtes à cette époque.

La vie professionnelle

Son premier poste est à  la papeterie des Ardillats près de Beaujeu dans le Rhône.

C'est là que naîtra Hubert, déjà précédé de Michel, né à Grenoble. Ses activités le spécialisent dans l'installation de machines de fabrication de papier, ce qui l'amène à  changer souvent de lieu de travail et de résidence :

         Saint-Mars la Brière (Sarthe), à  la papeterie du Bourray. Mathilde naîtra à TOURS, non loin de là.

         La Serraz, sur la commune de La Motte-Servolex,  près du Lac du Bourget, Bernadette naîtra à Chambéry.

       Au cours de l'hiver 1930/31, la famille part s'installer dans le Nord où il travaillera désormais àla filature Lemaire-Destombes à  St André Lez Lille. C'est là que naîtront les 4 derniers enfants de la famille, Yves, Christiane, Bernard et Chantal.

L’homme et le père

Les aînés de ses enfants qui l’ont connu en gardent le souvenir d’un père et d’un homme de grande valeur.

Homme de foi et la vivant au quotidien.  Il allait souvent à la messe à 6 h 30 avant 

Homme de charité, il portait des sacs de victuailles à des familles nécessiteuses ou glissait discrètement une enveloppe garnie de billets dans des boîtes aux lettres.

Homme de fraternité et d’action sociale ; il commençait son travail à 7 heures, à la même heure que les ouvriers, alors que les autres membres de la direction arrivaient plus tard.

Pendant les grèves de 1936, alors que la famille était en vacances à Audresselles (plage du Pas-de-Calais), un contremaître fit le voyage pour lui demander de ne pas revenir à l’usine, où il risquait d’être séquestré comme les autres membres de la Direction.

Il était aussi président de la société des jardins ouvriers et animait la maîtrise et la chorale paroissiale.

  Homme d’amour et père attentif. Mathilde se souvient avec quelle patience il lui faisait des cours de rattrapage en mathématiques, matière où elle avait du retard lors de son entrée en secondaire.

La maladie

Difficile de situer quand le cancer s’emparât de lui. Il fut opéré dès 1938, un an environ avant sa mort. Il souffrit certainement beaucoup et Madeleine lui prodiguait les piqûres indispensables pour l’aider à supporter cette douleur.

Mais il n’y avait pas que la souffrance physique. Il se donnait avec une telle générosité à toutes ses activités familiales,  professionnelles, sociales et autres bénévolats divers, et sachant très tôt l’inévitable issue, il savait aussi qu’il lui faudrait abandonner tout cela.

Cette souffrance morale ne devait pas être moindre que la souffrance physique, en pensant que son départ se faisait dans un contexte si incertain : l’approche d’une nouvelle guerre, les enfants encore petits ....

Jusqu’au bout il ne cessa de travailler. Lorsqu’il dut garder la chambre, c’est sa secrétaire, Madeleine SALINGUE, qui venait chaque jour se faire dicter le courrier ou faire signer celui de la veille.

Les derniers temps, les grands enfants partirent à Tours chez leur grand-père Sirguey et aux Houches. Gaston, son frère, vint le chercher pour le ramener chez lui, à Leforêt dans le Pas-de-Calais, bien qu’il soit à peine transportable.

Il venait de subir une deuxième opération des intestins. Sa femme Madeleine et sa fille Mathilde, se relayaient pour lui faire des piqûres de morphine toutes les trois heures.

C’était la drôle de guerre, et il y avait parfois des alertes. Gaston avait construit une sorte de chaise à porteur pour descendre son frère à la cave, depuis le bureau du rez-de-chaussée où il était installé.

Raymond dans les débuts de sa maladie.

Il décéda le 1er novembre 1939 et fut enterré au cimetière

de Leforest. Il avait 44 ans.

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